Alerte système — Fragment d'une réserve de glace
Tout autour, et jusqu’en plein cœur, ça chauffe, on a la fièvre.
La planète a pris un coup. En quelques décennies, on l’a transformée, assainie, bétonnée, dénaturée, polluée, empoisonnée.
Les débats s’enflamment, ne produisant plus que du combustible.
Les marchés s’emballent.
Les réseaux s’engorgent.
Les cerveaux s’affolent.
Les machines, en guise de réponse, tournent à plein régime, produisent sans relâche.
La politique, suivant la même logique, mise sur l’immédiat, l’image, la posture, l’opposition.
On accélère.
On choisit son coupable.
Ici ou là, c’est bien pratique.
Le riche, le pauvre, la nourriture du chat.
Tout y passe, on arrose où ça fume.
On tire facilement sur le voisin.
Jamais on ne sonde nos propres fondations, pas plus qu’on ne fouille son propre nid.
Jamais notre système, celui que nous avons façonné dans la limite de nos œillères, puis auquel nous avons peu à peu délégué nos pensées... nos décisions.
Jusqu’après la falaise.
Le matériel fonctionne.
L’eau coule, la terre nourrit, les arbres poussent.
Les animaux.
Tout est là.
Mais ça chauffe...
L’OS et ses rustines.
On triture.
On bricole.
On réforme.
On interdit.
On autorise.
On avance.
On recule.
Et ça recommence.
Dans la panique, prêts à tout, on avale la première pastille au goût de sucre.
Les mots qui claquent l’emportent sur la guérison, le long terme.
On aime nos enfants et on les empoisonne.
On aime la terre et on l’étouffe.
Prisonniers, enchaînés.
Mondialement.
Le même appât.
Dépendants collectifs,
d’algorithmes créés par nous pour capter l’attention.
Et ensuite, bons poissons, nous mordons nos hameçons.
Nous naviguons à vue, tels des homards en pleine mue, dans ce système surpuissant, qui nous étouffe.
Face à nous, un problème d’adulte.
Nous le gérons à la façon d’une bande d’adolescents en crise.
On fonce, tête baissée, on enfonce, on défonce, on se défonce, on détruit, on se détruit, la fatigue, la colère... et dodo.
Mais construire, c’est autre chose.
Avancer, observer, ressentir, voir plus loin…
En attendant, pour la boisson, vous prendrez bien un glaçon ?