L’élégance — Fragment d’un monde habitable

Ce petit supplément d’âme, ces riens qui forment un tout.

Sur la ligne, dans la courbe,
Dans le regard.
Dans cette façon d’habiller le monde.
De le vivre.
En nuance.

Dans la saveur plus que le goût.
Dans la senteur plus que l’odeur.

Une retenue.
Et un peu plus.

Si elle est brise plus que tempête,
Elle permet, dans le vent, de se tenir droit, garder le cap.

La dignité plus que le cri.

Ces lignes directes.
Ces coups de crayon.
Ces coups de génie
Qui font le monde
Là où l’on vit
Dans la lumière et dans la nuit.

Ces gestes qui prennent soin,
Les regards éclairés et les silences poids plume.
Ces amitiés limpides.
Les sons.
Les mots.
Ceux qui résonnent.
Ceux que l’on tourne et puis retourne.
Les mêmes, jusqu’à trente-huit fois le tour de l’arbre,
jusqu’à s’en étourdir,
si justement posés qu’ils ouvrent l’impossible.

Et cette façon de se tenir, de se couvrir, de s’exprimer, loin du clinquant, de la démesure. Cet art de vivre qui ne s’attrape ni en cirant vingt-cinq fois ses chaussures, pas plus qu’en apprenant des livres par cœur ou à coups de butoir.

L’élégance, c’est plutôt comme un fruit qu’on cultive. On choisit la terre, l’exposition, la graine, parfois même, qui en prendra soin. Car l’élégance, c’est subtil. Fragile aussi, mais pas seulement.

Ça ne supporte pas l’engrais,
ni les coups de fouet,
ni les coups de force.

Ça pousse à sa vitesse et c’est partout.

Une fleur, un chat, un arbre, la lumière, une voix, une silhouette ou dans les yeux.

Parfois, elle est là, innée et indomptable.

Elle irrite celui qui n’en perçoit que le reflet.
On la renomme aussi, on la rabaisse, on la maltraite et on la tourne en dérision. Mais l’élégance, si vous la rencontrez, c’est comme un rêve : vous êtes dedans, nul ne peut vous l’enlever.

Jamais vulgaire, pas plus mondaine.

Elle est là… ou pas.