La Rencontre — Fragment d'une activité heureuse
Au départ, il n'y avait visiblement qu'une cellule.
Je n'étais pas là pour la voir.
Aucune idée de savoir si elle était heureuse, pas plus d’infos au sujet de son épargne ou de la taille de ses chaussures, si elle tournait en rond à se morfondre ou cherchait simplement un peu de compagnie.
Toujours est-il qu'un jour, elle est devenue deux.
À partir de ce moment, ça devient facile, une image.
Des deux.
Des trois.
Et un peu plus.
Et encore plus.
Une obsession.
Se rencontrer.
Encore.
Encore.
Et puis Papa rencontre Maman.
Je déboule au milieu du bazar.
Je rencontre.
Ma mère.
Son odeur familière.
Mon père.
Mon frère.
La lumière.
Un sourire…
On élargit.
Le chat.
La famille.
Une fleur.
Un arbre.
Et d’autres gens.
D’autres odeurs.
D’autres saveurs.
Un son.
Des mots.
Les animaux.
Et puis des arbres.
Et puis des fleurs.
Un paysage.
Une chanson passe.
Un livre.
Une histoire.
Et le monde se dessine.
Un sourire.
Un regard.
Fugace.
J’apprivoise le chat.
Un métier.
Et l’amour.
Son grand huit.
On rit.
On pleure.
On aime.
On respire.
Une fois sur deux.
On continue.
On est heureux et malheureux.
La cellule vit.
On se construit.
Sous le soleil.
Ou sous la pluie.
Dans la brume.
Et dans la nuit.
On rêve.
À traverse rivière.
On invente.
On partage.
On avance.
On veut la dune et l’océan.
On veut les arbres.
On veut la terre.
On s’y accroche.
On s’habitue.
On se fatigue.
Et puis un jour…
On perd le goût.
On perd son goût.
Et on décroche.
On s’est perdu.
On s’est perdu.
On s’y trouve plus.
Les jours qui passent.
Et les années.
Et puis un jour…
Comme une amie.
Que l’on retrouve.
Une fleur des champs.
Et puis cet arbre.