Liberté, mon amour — Fragment d'air respirable
Si chère et tellement liée à la vie.
Impalpable.
Constituant l’espace autant que l’air qui nous entoure.
Discrète.
Elle rend la vie plus douce, avive les couleurs, les sons, la lumière et multiplie les possibles.
Son espace se réduit.
Rien de brutal,
plutôt comme ces chemins qui s’effacent quand on n’y marche plus.
Pourtant, ici, nous pouvons exprimer nos idées, nos sentiments, voter, critiquer, nous réunir, applaudir, créer, aimer, nous tromper, danser, nous dénuder, recommencer.
Ça peut sembler banal, mais pour moi, c’est vital.
La liberté, c'est comme ces êtres du quotidien dont on mesure l'importance le jour où ils ne sont plus.
Nous évoquons souvent nos libertés comme un dû.
Disparaissent-elles parce qu’on nous les retire ou parce qu’on les délaisse ?
« On », c'est comme la savonnette : ça ne se laisse pas attraper si facilement. Mais nous ?
Notre façon de vivre, d’aborder, de consommer nos jours.
Ce que nous acceptons et ce à quoi nous renonçons.
Trop facilement.
Sans même nous en apercevoir, nous échangeons un bon sac de liberté contre un brin de tranquillité.
Au fil du temps, l’espace, notre espace, en prend un sérieux coup.
S’exprimer, participer, prendre part… c’est moins spectaculaire qu’un voyage au bout du monde, mais ça entretient le chemin.
Pourquoi cette manie d’aller chercher toujours plus loin ce qui se trouve à nos pieds ?
Les salades, si on les arrose et qu'on veille à la limace, elles poussent.
Les amitiés, l’amour, les relations humaines, c’est pareil.
Pour vivre, on a besoin d'air.
Lorsque je pars en vacances, que je laisse derrière le quotidien, très vite, l’air devient plus léger, je me sens libre.
Puis, si je reste assez longtemps, le quotidien reprend le pas, ses contraintes, ses habitudes et c’est reparti.
Comment inviter le goût des vacances au cœur de ma vie ?
Comment garder, chaque jour, cette sensation d’air libre ?
J'aime travailler.
Créer.
Construire.
Apprendre.
Je crois même que le travail est l’une des meilleures sources de réalisation et d'émancipation.
Ce dont je parle est différent.
Cette chape invisible.
Cette accumulation de réflexes, d’habitudes qui pèsent sur nos épaules et rendent l'air lourd.
Jamais nous n'avons disposé d’une telle palette.
Et pourtant, nous continuons à avancer comme si tout devait entrer dans trois cases.
Impossible.
La vie a besoin d’air.
De diversité.
De fantaisie.
Et d’imprévu.
La liberté, c’est comme la rose.
On ne peut pas tirer dessus pour qu’elle pousse plus vite.
Pas plus avoir la fleur sans les épines.
On peut préparer la terre, veiller à la lumière, arroser.
Le reste, elle s’en charge.