Les bas nylon — Fragment d’une finesse dispersée
Nuages polyester de tiroir.
Vol-au-vent d’étendage.
Seconde peau sur jambes de femmes.
Partenaires des dessous chics.
Réservés au seul plaisir de celles qui les portent ou à leurs amours.
Associés aux escarpins comme aux plus belles tenues.
Avec ou sans couture.
Affichés, dissimulés, chics ou décontractés.
Depuis mon plus jeune âge, j’ai un rapport particulier aux bas nylon.
Ou, plus précisément, à ces femmes qui les portent.
Fétiche.
Fantasme.
Si vous voulez.
Au départ, je ne les voyais pas, ils étaient partout.
Et j’ai grandi sans m’en soucier.
Jeune,
adulte,
sportif, je les trouvais…
plus souvent sur les pages glacées d’un magazine de mode qu’aux jambes de mes copines.
Très jeune, j’ai fait la connaissance d’un lionceau.
Il est venu vers moi, sur moi.
On a échangé nos regards, on s’est connus.
Depuis, je le ressens, il est là.
Et ces femmes de mon enfance.
Leur caractère.
Leur liberté nouvelle.
Leur joie de vivre.
Leur beauté.
Leur amour.
La ville, pleine de promesses,
bouillonnait, trépidait, rayonnait.
De relief, de plaisir,
de gourmandise et de vitesse.
J’habitais la campagne.
Elle aussi vivait bien.
Offrait ses plaisirs.
Promettait.
On fêtait, on riait, on dansait, on s’amusait.
J’aime pas les jouets.
Ils ne m’intéressent pas.
C’est pas la vie.
Moi, j’aime la vie.
La lumière et la nuit.
Le lustre à pampilles plus que le tubes néon.
C’est sûr, le néon, ça éclaire, efficace et pratique.
Mais les pampilles.
Inutiles.
Tellement belles.
La lumière.
Ses reflets.
C’était à la mode, les bas nylon.
Dans l’air du temps.
Liés à cette promesse d’un avenir libre et lumineux.
Comme à la nouveauté.
Les stations, elles aussi, avaient le vent en poupe.
Thermales.
De bord de mer.
Ou de montagne.
Et ces hôtels,
chics et conforts.
L’horloge tourne.
La mode change.
Unisexe.
Flash.
Toujours des palaces.
Toujours plus chics.
Où l’on se rend en tongs.
Détachés.
Comme les bas.
Détachés.
Comment ce vol-au-vent, symbole d’élégance, de raffinement, de liberté, se retrouve là ?
Que dit-il de nous ?
Qu’en dirait ma grand-mère ?
Et cette promesse.
D’une vie d’aventures.
Trépidante.
Rayonnante.
Détachée, elle aussi ?
Aujourd’hui, les bas nylon continuent de se vendre.
Certaines femmes continuent d’en porter.
Que j’admire.
Ces femmes.
Résistance poids plume.
Dispersée.
Sensible.
À la brutalité du monde.
À sa simplification
systématique et grossière.
Attachées.
À ce vent de finesse.
À la vie.
À la joie.
À l’amour.